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Le droit à l'euthanasie devrait-il s'étendre aux moins de 18 ans ?

Déposé le 10/12/2013 à 21h00

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Anne SCHAUB-THOMAS Anne SCHAUB-THOMAS
Psychothérapeute

Je m'interroge quant au fait que des jeunes de 12-17 ans auraient potentiellement la maturité de discernement et seraient en état de conscience suffisant pour décider de façon éclairée de se laisser euthanasier en cas de maladie incurable.

Même à l'âge présumé dit adulte, un jeune n'a pas fini de se construire. Un jeune ayant tout juste atteint l'âge adulte, se montre encore dépendant – à juste titre – de l'avis des adultes plus âgés que lui. Son autonomie de pensée se fortifie tout en restant relative. Elle se révèle encore dans une dépendance avec la génération qui le précède. Le jeune de 18ans, et au-delà, reste influençable et dans la plupart des cas appréciera volontiers de s'appuyer sur « plus grand que lui » dans les décisions importantes de sa vie. Il a encore besoin d'être guidé, cadré, conseillé. Que dire alors de la maturité de discernement d'un mineur d'âge ?!

Les partisans de la « bonne mort » à élargir aux mineurs ont-ils réfléchi aux conséquences d'un tel choix qui deviendrait accessible aux 12-17 ? Le poids de responsabilité psychique, éthique – et spirituel, pour peu que l'on admette l'intervention de cette dimension dans ce débat – chargerait lourdement ces jeunes épaules en leur induisant l'idée d'un « droit » à mourir. Prétendre que ces jeunes mineurs à peine sortis de l'enfance ont soit la capacité de décider s'ils veulent continuer à vivre jusqu'au bout de leur maladie invalidante, soit d'en finir et ce, en en mesurant lucidement les conséquences, m'apparaît non seulement grave mais est également un leurre. J'y vois un risque d'amplification de la souffrance et de majoration de la tension déjà naturellement liée à l'épreuve de la maladie ou du handicap.

Plus profondément, quelle déresponsabilisation, voir décharge, de la part des adultes ! J'y perçois un phénomène de grave démission, révélateur d'une société en perte de repères, de courage et de force face à l'épreuve ultime : celle qui confronte à la peur de la souffrance et au final à la peur de la mort. Octroyer le droit d'euthanasie aux mineurs d'âge signe une forme d'abandon psychique de l'adulte face au jeune. Il assombrit d'une mort symbolique le lien filial et social.

L'enfant ou le jeune pourrait-il moins considérer la maladie en soi comme catastrophique que de ressentir et souffrir de la fragilité du lien vécu avec son entourage ? Mon expérience de psychothérapeute me fait dire que la relation aux adultes insécurisés est inconfortable pour le jeune enfant/adolescent et peut devenir anxiogène ; voire également se révéler source de dépression précoce. Les enfants comme les ados encore en pleine croissance ont tendance à capter finement l'atmosphère sensible de l'environnement familial et social. Ils ne savent pas toujours qu'en faire. Ils sont tout à la fois en recherche d'eux-mêmes et aspirent à s'extraire de la dépendance à l'adulte, et tout à la fois encore soumis au souci d'appartenance. « Si je corresponds à, je fais partie de ; si je fais et suis comme, je suis rattaché à... ». Ambivalence peu confortable, normale cependant à ces âges à la fois fougueux et vulnérables.

A supposer que certains adultes restent submergés par leurs propres émotions, par un sentiment d'impuissance et de détresse, par l'appréhension ressentie quant à la réalité d'un avenir devenu incertain pour leur enfant malade, cela touche et atteint sensiblement cet enfant. Déjà vulnérabilisé par sa maladie ou son handicap, il peut ressentir à fleur de peau l'état psychique du parent ou du corps médical en difficulté. Cette potentielle charge supplémentaire peut réduire sensiblement la capacité de discernement du jeune dans le débat qui nous préoccupe.

Par ailleurs, un adolescent qui se sent abandonné par les adultes à l'idée de la mort, ceci dans la force de vie qui lui reste tant qu'il est vivant, peut aussi en être profondément atteint dans son estime de soi, dans sa dignité, dans son droit et son désir de vivre. Il pourrait se sentir intimement et essentiellement blessé dans le lien qu'il espère vivre dans un attachement solide et fidèle d'amour donné et reçu, jusqu'au bout de l'épreuve.

Un enfant mineur est-il donc en mesure de « discerner, pleinement et raisonnablement » s'il désire mourir ?

Il me semble nécessaire d'envisager la perspective qu'il peut exister chez certains jeunes de vouloir préférer démissionner de la vie davantage à cause du poids et de la douleur qu'ils ressentent autour d'eux, qu'à cause de leur propre maladie ou de leur situation médicale invalidante.

Excluant la pathologie psychique, un enfant, un jeune, désire plutôt vivre que mourir.

Un jeune adolescent n'a pas encore une claire idée de ce que c'est que d'être adulte. Ses projets sont à une autre échelle que ceux que ses parents projettent éventuellement sur lui. Ceux-ci évaluent avec une conscience différente la perspective interrompue d'un potentiel de croissance qu'ils espéraient, selon leurs critères, voire évoluer vers de l'expansion plutôt que vers une extinction.

Si le jeune est ou devient limité par le handicap ou la maladie, il peut arriver que celui-ci l'envisage avec moins de gravité que ne le ferait l'adulte. Le jeune enfant ou l'adolescent sera par contre très sensible à la façon dont les autres considèrent son état physique ainsi qu'aux pensées projectives de son entourage sur lui.

Dès lors il y a lieu de se poser la question dans le cas où un jeune mineur demanderait à mourir, s'il le demande pour lui ou pour ne plus peser sur l'entourage. « Cela fait trop mal à papa, à maman...j'aime mieux m'en aller ». Il y a ceux qui le diront, et ceux qui le penseront secrètement sans pouvoir le dire. Dire « vouloir mourir » veut également souvent dire « je ne veux plus ressentir cette souffrance » – morale ou physique. Les témoignages des soins palliatifs attestent de réponses autres que la mort à offrir aux personnes sombrant dans de tels épanchements, ô combien compréhensibles. Il est urgent de promouvoir une façon de vivre en société qui humanise et (re)donne une place à la souffrance et à la mort. Ceci, autrement qu'en accélérant voir qu'en forçant la fin de vie. Il n'y a par ailleurs pas à blâmer les parents qui perdent pied devant la souffrance ou l'état critique de leur enfant. La détresse, la révolte et le sentiment d'impuissance sont à entendre, à reconnaître et à panser d'un soin compétent et attentionné. Il y a lieu de chercher à intégrer la réalité de toute souffrance au cœur même d'un lien d'amitié, d'amour et de soutien. Dans sa particularité, ce lien est à tisser et à toujours recréer autour de la personne malade qui cherche avant tout à être rejointe. L'amour échangé ne meurt pas: il circule et grandit. Il n'est tenté ni de faire mourir ni de mourir.

Il s'agirait donc moins de chercher à tuer la souffrance en tuant la personne et avec elle le potentiel d'amour qu'il resterait à s'échanger, qu'à apprivoiser et à assumer l'inconfort de ce qui fait mal. Ceci, au cœur d'une relation nourrissante et privilégiée investie avec la personne malade. Ce qui participe à donner force de vie, c'est de se sentir rejoint, compris, tendrement aimé. C'est la qualité du lien mis en chantier dans la relation qui fait fleurir le goût de la vie plus que celui de la mort. Parce que créer du lien et être dans un lien authentiquement édifiant avec l'autre régénère et offre sa part de sens à la vie. Toute personne – enfant, jeune, adulte, vieillard – est un puits de découverte de la naissance à la mort, si l'on cherche à la rencontrer dans son être essentiel qui « parle » jusqu'au cœur du silence et de la tourmente. C'est interpellant d'entendre de jeunes enfants révéler des trésors de réflexion, de simplicité et de profondeur dans des situations d'extrêmes épreuves. « Mais je danse moi, mais je vis ! », disait une petite fille atteinte d'un mal incurable.


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