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... étendre l'euthanasie aux enfants et aux personnes démentes ?

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Interview

Déposé le 19/02/2014 à 14h08

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M. Drieu GODEFRIDI M. Drieu GODEFRIDI
Chroniqueur

Se disant apolitiques et aconfessionnels, les « Dossards jaunes » manifestent régulièrement pour dénoncer symboliquement l'inefficacité du contrôle de la législation relative à l'euthanasie et le laxisme de sa commission. Opposés à l'extension de l'euthanasie aux mineurs – qui devrait être votée ce jeudi par les députés-, ils réclament qu'un véritable débat démocratique ait lieu et que le Conseil d'Etat soit consulté. Interview de Drieu Godefridi, porte-parole de ce collectif citoyen.

Le Journal du médecin : Vous avez déclaré ce projet de loi « complètement inutile car offrant une soi-disant illusion à un problème inexistant ». L'extension de la loi sur l'euthanasie aux enfants va, selon toute vraisemblance, être définitivement adoptée cette semaine. Votre réaction ?

Drieu Godefridi : J'ai développé un certain nombre d'arguments contre l'extension de cette loi et le contrôle de son application. Maintenant je ne suis pas un putschiste. Par conséquent, si la procédure parlementaire arrive à son terme, j'en respecterai le fruit mais un point finira par revenir sur le papier immanquablement, la question du contrôle de l'application de la loi qui est objectivement lacunaire.

Pourquoi considérez-vous que l'élargissement de l'euthanasie aux enfants n'est aujourd'hui pas nécessaire ?

Pour une raison très simple : d'abord, il n'y a qu'un pays sur 200 dans le monde qui a ce genre de mécanisme. Donc parler d'une nécessité impérieuse me parait déjà mettre en perspective certains problèmes. Et puis, surtout, cela concerne en réalité un nombre d'enfants absolument dérisoire. Cela ne répond à aucune demande ni besoin pratique, comme l'ont d'ailleurs développé de nombreux médecins dans la presse depuis quelques jours.

Pourquoi les enfants seraient-ils privés de cette possibilité, de même que les malades atteints de coma irréversible et de maladies cérébrales dégénératives ? On sait bien que des décisions de fin de vie sont prises tous les jours dans nos hôpitaux. Ne serait-il pas mieux d'encadrer ces actes de manière légale ?

Sincèrement, je ne le crois pas. Généralement, ce que l'on observe quand on ouvre la porte à ce genre de choses, c'est qu'on ouvre aussi la voie à des dérives. On a des dispositions légales qui sont extrêmement nombreuses et un droit pénal efficace. Donc ce n'est pas comme si l'on était dans une espèce de vide absolu. En plus, un des critères mis en œuvre dans la loi s'agissant l'euthanasie des enfants, celui d'un discernement de l'enfant, est une simple vue de l'esprit, une fiction juridique. Moi j'ai un enfant qui a six ans, et à cet âge-là, je considère qu'on ne peut pas comprendre le concept de la mort. A plus forte raison, peut-il avoir le discernement ? Comment, dès lors, un enfant de moins de 18 ans pourrait-il statuer sur son propre décès ?

Mais ne faudrait-il pas sortir de la clandestinité, du non-dit, afin que cette démarche puisse être réalisée en toute transparence, dans le respect de chacun et sa liberté ?

Non parce qu'il n'y a pas de liberté sans discernement. Ici, il ne s'agit pas de la liberté de l'enfant mais de la liberté de ceux qui l'entourent, et des parents et/ou des médecins. Je pense qu'un enfant mineur ne peut pas être libre, il ne peut pas être autonome.

Conflit d'intérêt

Certains vous reprochent de faire croire que la loi est mal contrôlée pour entraver son éventuelle extension à d'autres situations, que ce n'est pas une manière correcte de mener un débat démocratique sur les questions de fin de vie...

C'est vraiment le point sur lequel je suis le plus catégorique. Sur plus de 6.000 cas d'euthanasie notifiés à la commission de contrôle, pas un seul n'a été jugé problématique... Aux Pays-Bas, au moins y-a-t-il un contrôle. En Belgique, nous n'avons rien du tout. Et quand siègent des gens dans cette commission de contrôle qui, par ailleurs, appartiennent deux organisations, l'une flamande et l'autre francophone, qui sont logiquement des lobbies en faveur de l'euthanasie, cela pose une question de conflit d'intérêt, me semble-t-il, tout à fait évidente.

Tout le monde n'a-t-il pas le droit de mourir ? Tous les hommes n'ont-ils pas des droits sur leur corps, sur leur souffrance, sur leur vie ?

Moi je ne procède pas d'un point de vue confessionnel, je suis agnostique. Cela surprendra peut-être mais le principe de l'euthanasie des majeurs ne me pose pas de difficulté ; le fait qu'une personne adulte décide de mettre fin à ses jours me parait non seulement acceptable mais sain. Mais il faut un vrai contrôle et non, comme ici, une mascarade. Accepter cela, je le fais mais l'euthanasie des mineurs, et donc le fait qu'un enfant donne son assentiment à sa propre mort, est tout à fait autre chose. Je suis radicalement opposé à ce principe.

« Pas trop loin dans sa propre mort »

Etes-vous aussi fondamentalement opposé à l'euthanasie du malade cérébral comme le proposent le Sénateur Jacques Brotchi et sa collègue Christiane Defraigne, qui ont déposé une nouvelle proposition de loi en ce sens en juin 2013 ?

J'ai eu un débat public, mais plus général, avec M Brotchi. Je suis moins catégorique sur ce sujet. Mais je pense que l'on ne doit pas aller trop loin dans sa propre mort, selon sa volonté. Un des arguments historiques que j'accepte, concernant la peine de mort, est qu'il peut y avoir un risque d'erreur. Pourtant il y a deux degrés de juridiction, le condamné éventuel a son avocat et puis un recours est encore possible en Cour de Cassation ou aux Etats-Unis devant la Cour suprême. Pour l'euthanasie, un certain nombre de mécanismes de contrôle sont mis en place, ils n'approcheront jamais le degré d'exigence de celui que je viens de décrire. S'il y a un risque d'erreur dans le cas de la peine de mort, a fortiori ce risque existe dans le cas de procédures qui sont beaucoup moins exigeantes sur le plan procédural et formel. Donc je pense que l'on doit être prudent quand on veut étendre toujours davantage les conditions d'application de la loi sur l'euthanasie même aux majeurs, et aller toujours plus loin.

Si cette loi passe, qu'allez-vous faire ?

Si cette extension de la loi est votée, je la respecterai car j'approuve les principes de la démocratie parlementaire. Nonobstant, je crois que la question du contrôle de cette loi se posera puisqu'on en aura étendu le champ d'application. Cette question du contrôle de la loi de 2002 étendue, comme elle sera approuvée vraisemblablement cette semaine, devra être reprise après les prochaines élections, il faudra remettre les choses à plat. Je ne dis pas qu'on devra fondamentalement la changer, passer par exemple d'un contrôle a posteriori à un contrôle a priori, mais effectivement reprendre cette question et examiner si tout se passe comme cela doit se passer est un débat auquel on n'échappera pas.

Propos recueillis par Thierry Goorden - Paru dans Le Journal du Médecin


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