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Un autre regard sur la personne

Déposé le 17/05/2013 à 17h53  Catégorie Témoignages

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Joëlle HENNEMANNE Joëlle HENNEMANNE
Témoignage d'une Accompagnante

Il y a une dizaine d'années, la loi a autorisé le médecin à pratiquer l'euthanasie sans sanction pénale, c'est à dire à donner la mort afin de supprimer toute souffrance. Il s'agit d'un arrêt actif de la vie et non de l'arrêt d'un traitement.

Aujourd'hui, plusieurs propositions de loi prévoient l'extension de l'euthanasie aux personnes démentes pourvu que l'intéressé ait rédigé une déclaration anticipative de fin de vie en toute possession de ses facultés.

Ayant un proche atteint de la maladie d'Alzheimer, je suis quelque peu interpelée.

Supposons que ce proche a, en son temps, rédigé en pleine connaissance de cause, un écrit demandant le recours à l'euthanasie lorsqu'il aura perdu ses facultés intellectuelles.

Quelques années plus tard, je suis confrontée à cet écrit demandant de mettre fin à ses jours.

Ayant perdu ses capacités intellectuelles, qui autorisera l'acte d'euthanasie ? Qui donnera "le feu vert" ? Le conjoint, les enfants à l'unanimité, à la majorité, le médecin ?

Même si une personne de confiance est désignée, on peut facilement imaginer les tensions et désaccords que cela pourra entraîner au sein de la famille.

Une autre question surgit encore : à quel moment pratiquer l'euthanasie ?

La perte des facultés intellectuelles arrive par étapes. Qui appréciera le moment "idéal" ?

Il y a un glissement de la volonté de la personne concernée vers la volonté d'une tierce personne puisque cette dernière prendra la décision finale. On peut certes dire qu'il y a eu un consentement préalable de l'intéressé mais peut-on parler de véritable consentement lorsque celui-ci est donné plusieurs années auparavant dans un état de santé bien différent ?

L'approche de la vie change aussi. La perte de certaines capacités ne rend pas pour autant malheureux, "déconnecté" mais pas nécessairement malheureux.

N'est-ce pas nous qui sommes malheureux face à ce proche que nous aimons et qui "diminue", qui devient fragile, qui ne répond plus aux standards de la société (jouissance, productivité, beauté, succès etc ..)

N'est-ce pas nous qui sommes appelés à réfléchir, à changer notre regard sur la personne fragilisée et à essayer de dépasser notre appréhension ?

Face à un proche qui petit à petit se déconnecte de la réalité, nous avons peut-être la tentation de vouloir rejeter cette situation parce que nous ne la maîtrisons plus, parce que nous pensons que nous n'arriverons pas à la supporter.

Ne nous voilons pas la face par une fausse pitié. Aimer un proche, est-ce mettre fin à sa vie ?

Notre vraie humanité, n'est-elle pas dans l'accueil, l'accompagnement, le soin, l'attention donnés à une personne fragilisée que nous aimons plutôt que l'éliminer en lui ôtant la vie ?


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