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L'extension de la loi sur l'euthanasie accélère une évolution fâcheuse

Déposé le 11/02/2014 à 15h57  Catégorie Réflexions de soignants

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Le bon sens voudrait que l'on procède à une évaluation approfondie de la pratique en vigueur en matière d'euthanasie avant d'étendre la loi sur l'arrêt actif de la vie. C'est du moins l'avis de cinq médecins et d'un professeur en éthique*. Mais il n'en sera rien puisque, d'ici peu, la Chambre votera, après le Sénat, en faveur de l'extension de la loi aux mineurs. La semaine passée, une demande de consultation du Conseil d'État n'a pas atteint la majorité au sein de la Chambre.

L'euthanasie est un sujet délicat. À l'origine, la loi de 2002 visait les rares cas de souffrance physique intense et difficile à contenir des malades en phase terminale. La pratique a suivi une évolution différente et le malade, qui choisit lui-même quand il entend mourir, est de plus en plus autonome. Comme les médias le rapportaient, il s'agit alors de personnes montrant les prémices de la maladie d'Alzheimer ou de la cécité, de transgenres déçus, d'un couple atteint de maladies dues au vieillissement, ou encore de personnes dépressives. Dans un cas sur dix, l'euthanasie ne concerne pas des patients en phase terminale. Comment le législateur parviendra-t-il à endiguer cette évolution s'il étend encore l'application de la loi ? Des propositions circulent en faveur de l'extension de l'euthanasie aux personnes dites incapables, aux personnes démentes et aux mineurs. Il est par ailleurs question d'imposer une obligation de renvoi à un collègue, de même qu'une date de validité pour la déclaration anticipée de volonté. Jusqu'à présent, le Sénat était uniquement d'accord avec l'extension aux mineurs.

Pour ce qui est de l'autonomie de l'homme, l'introduction d'une obligation de consulter un autre spécialiste implique les médecins dans l'arrêt actif de la vie. Il y a onze ans, lors de la rédaction de la loi sur l'euthanasie, ils avaient reçu la garantie qu'ils ne devraient pas agir contre leur gré. Il est tout de même paradoxal que les personnes qui se qualifient de libres penseurs et rejttent tout dogme ne font plus preuve de compréhension envers la liberté d'opinion des médecins qui ne désirent pas être associés à l'euthanasie et entendent rester fidèles à leur serment d'Hippocrate.

Charge morale

L'attention grandissante dont fait l'objet l'euthanasie a entraîné une hausse de la demande. Les médecins méritent une meilleure protection parce que cette croissance de la demande de fin de vie implique une plus grande responsabilité de leur part. On ne répond pas à une demande d'euthanasie en cinq minutes. De nombreux praticiens ont témoigné dans les médias à quel point il leur était difficile de mettre un terme à une vie humaine, d'autant plus lorsqu'ils doivent le faire à de nombreuses reprises. L'extension de la loi sur l'euthanasie ne fera que renforcer cette charge morale. En outre, donner activement la mort à des personnes fatiguées de la vie ou qui ont des problèmes psychologiques se trouve à des années lumières de la vocation de médecin, qui est de guérir des patients.

Cauchemar

La protection de la famille est tout aussi importante. Une personne qui ne consent pas à la demande d'euthanasie d'un membre de sa famille peut rencontrer beaucoup de difficultés à gérer cette décision. Un homme n'est pas parvenu à faire changer d'avis sa femme, dépressive et mère de jeunes enfants, quant à se demande d'en finir avec la vie. Bientôt, avec l'extension de la loi sur l'euthanasie, les parents ne pourront plus s'opposer au choix de mourir de leur adolescente qui souffre d'anorexie. Et pour des parents qui veulent faire soigner leur enfant, c'est un cauchemar. Il s'avère également plus qu'indispensable de protéger les patients faibles. À titre d'illustration, l'on peut citer l'exemple d'une grand-mère qui, pour faire plaisir à sa petite-fille, a opté pour l'euthanasie parce que les frais des centres de séjour et de soins étaient trop élevés. Ou encore le cas de ces enfants qui ont falsifié la déclaration anticipée de volonté de leur parent afin qu'il puisse être euthanasié.

Le nivellement de l'arrêt actif de la vie et des soins palliatifs a créé un grand malentendu. Un patient âgé vivant seul aurait pu recevoir une aide appropriée dans un service de soins palliatifs, mais il a refusé parce qu'il était convaincu que cette prise en charge était similaire à l'euthanasie. Les médecins disposent maintenant d'une « licence to kill », entamant ainsi la confiance des patients.

Listes d'attente

Un manque criant de lits en soins palliatifs se fait ressentir, comme en témoignent les listes d'attente interminables des services existants. Les médecins doivent recevoir une meilleure formation en soins palliatifs afin de pouvoir traiter de manière optimale les problèmes qui surviennent en fin de vie – douleur, sensation d'étouffement, angoisses. Et les médecins qui appliquent un traitement palliatif des symptômes et, à cet égard, raccourcissent indirectement et involontairement la vie des patients ont besoin d'une meilleure protection. Il s'agit d'une solution alternative préférable pour éviter le vide juridique qui a donné lieu à la loi de 2002. Par ailleurs, le nombre de demandes d'arrêts actifs de la vie diminue lorsque les médecins accompagnent mieux les patients en réduisant l'acharnement thérapeutique et en informant correctement le malade quant aux chances de réussite attendues d'une thérapie. Les médecins doivent être encore davantage formés en la matière. Quiconque a créé de fausses attentes et soumet ses patients à des traitements lourds et inutiles ne fait qu'augmenter la demande d'euthanasie. Avec d'autres confrères, nous remarquons une baisse significative des demandes d'euthanasie grâce à un accompagnement adéquat pendant la maladie et à l'arrêt en temps opportun de traitements qui ne sont plus justifiés.

Solitude

L'isolement social, la perte de l'envie de se soigner, la pression économique sur les familles et l'absence de sens à la vie sont tous des éléments qui entraînent une hausse de la demande de l'arrêt de la vie. La solitude des personnes âgées est également souvent citée pour justifier une demande d'euthanasie. C'est le cas du Prix Nobel Christian de Duve qui, âgé de 95 ans, est passé de vie à trépas en mai dernier. De nombreux services d'oncologie sont en manque de psychologues, qui peuvent aider les patients et leur famille à vivre avec leur maladie. Le législateur devrait pouvoir prendre des mesures offrant aux familles une plus grande bouffée d'oxygène pour s'occuper de leurs malades.

Dans ce contexte, le législateur se doit d'améliorer fortement le contrôle sur l'implémentation de la loi en vigueur. Il ressort d'une enquête que, en Flandre, seules 73 % des procédures d'euthanasie sont rapportées, contre à peine 58 % en Wallonie. Chaque année, ce sont ainsi quelque six cent procédures qui sont exemptes de rapport ou de contrôle, alors que la loi avait, entre autre, précisément pour but d'éviter de telles zones d'ombre. La consultation d'un deuxième praticien constitue également un autre manquement puisque la loi ne stipule pas que ce médecin doit être en accord avec la demande d'euthanasie. En outre, pour s'assurer que cette requête soit approuvée, l'on consultera autant que possible un médecin réputé pour y répondre favorablement.

Parquet

Sur les plus de dix mille procédures d'euthanasie réalisées depuis 2002, aucun dossier n'a été transféré au parquet. Cette statistique n'a rien de surprenant puisque ce sont les personnes qui exécutent l'euthanasie qui doivent compléter le dossier. Et quel médecin avouera à la commission de contrôle fédérale qu'il n'a pas suivi la procédure ? En outre, cette commission est principalement composée de partisans favorables à l'euthanasie. Il faut ajouter à cela que le champ d'application de la législation est très large, ce qui fait dire aux partisans qu'il suffit de souffrir de maux dus à la vieillesse pour pouvoir obtenir l'euthanasie. Il en va de même pour la proposition de considérer le mal-être psychologique comme une raison pour envisager l'euthanasie qui, par sa subjectivité, rend impossible toute délimitation. Avant de procéder à l'extension de notre loi sur l'euthanasie, il serait prudent de se pencher sur ces graves manquements de la loi. À l'occasion de contacts avec des collègues étrangers, nous remarquons que nombreux sont surpris des évolutions dans notre pays. Nous devons être vigilants à l'image de la Belgique à l'étranger. ©

* Le texte est notamment signé par :

Philippe Ballaux, chirurgien cardiovasculaire, AZ Maria Middelares – Gand

Benoit Beuselinck, oncologue médical – UZ Leuven

Pierre De Groote, urologue, Cliniques de l'Europe – Bruxelles

Timothy Devos, hématologue – UZ Leuven

Peter Vuylsteke, oncologue médical, Hôpital Saint-Elisabeth – Namur

Willem Lemmens, professeur d'éthique – U Antwerpen

Artikel verschenen in Tertio


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