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"Il n'y a pas d'âge à la souffrance..."

Déposé le 13/02/2014 à 15h07

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... donc pas de limite d'âge à l'euthanasie. Et tout est dit.

Voilà comment, par le détour d'une poignée de mots biens choisis, un habile politicien est récemment parvenu à réduire un débat complexe en une occasion lui permettant d'exprimer un message qui, de prime abord, paraît aussi cohérent qu'acceptable.

L'euthanasie demeurera cependant inévitablement un nid à questions éthiques et juridiques.

Questions qui, à la vérité, sont encore plus compliquées lorsqu'elles concernent ceux qui n'ont même pas encore quitté le berceau de leur enfance – parfois pas si tendre. Dès lors, en la matière, il me semble qu'une chose n'est certainement pas à faire : c'est d'y donner réponse à la hâte.

Or, tout semble soudainement s'être accéléré ces derniers mois. Voici peu de temps, il y avait lieu, d'après certains élus, de « faire passer » l'extension de l'euthanasie aux mineurs, de préférence avant les vacances parlementaires : tout était déjà dit, et les jeux étaient faits.

Mais les apparences trompent, en politique également. En témoigne la lettre ouverte adressée hier par 160 pédiatres à nos députés fédéraux, sollicitant le report du vote à la législature suivante. Certains politiciens -décidément très habiles- ont tôt fait d'y répondre, au travers d'une nouvelle poignée de mots, que « la proposition de loi est trop importante que pour être postposée » (Jean-Jacques DE GUCHT, Open VLD).

Réponse qui, je l'avoue, ne manque pas de m'étonner : Pourquoi donc cet empressement ?

Parce que nos hôpitaux crouleraient sous le poids de patients mineurs d'âge désirant fortement « être soulagé de leur souffrance » par le biais de l'euthanasie ? Telle ne semble en tout cas pas être la réalité. Cette souffrance est bien entendu d'autant plus révoltante qu'elle touche des enfants. Et je peux m'imaginer que certaines situations amènent des mineurs (et leurs proches) à n'entrevoir pour seul soulagement que la mort. Pour autant, s'en référer à l' « importance » de la question pour faire voter sans délai la proposition de loi, c'est emprunter un raccourci qui, à mon sens, n'est aujourd'hui plus permis.

N'oublions pas en effet que le mandat de la commission parlementaire fut bien d'explorer si pareille extension législative apparaissait véritablement souhaitable, justifiée et nécessaire. Or, lorsque quelques jours avant le vote envisagé, un bataillon de pédiatres s'adresse à nos élus et fait valoir que ce mandat n'a pas été honoré comme il se doit, dans une démocratie qui se respecte, aucun politicien n'a le droit de l'écarter d'un revers de la main. Même pas en jonglant avec des mots tels « urgence » ou des slogans tels « il n'y a pas d'âge à la souffrance ». Ces pédiatres sont certes loin du parlement, mais quotidiennement au chevet d'enfants malades. Et ils ont, de ce fait, pleinement le droit d'être entendu. Aussi, les juristes savent-ils bien qu'en matière de rédaction de lois, la précipitation est très mauvaise conseillère...

Malgré cela, certains semblent ne pas vouloir lâcher du lest, prêts à faire appel à un tour de passe-passe souvent malmené figurant dans la boîte à outils belgo-belge: la réputée « politique du compromis ». C'est que l'on parle bien de proposition de loi « consensus » ... Or quel est véritablement la légitimité et la solidité de pareil consensus, lorsqu'en définitive, son vote exige de passer outre un parti de la majorité gouvernementale, en envisageant l'appui d'une majorité alternative sur fond de prétendue « urgence »?

Ce d'autant qu'il ne concerne pas des détails : c'est de nos enfants qu'il s'agit. Et -non moins- de nos médecins. Ces derniers devront décider si un mineur dispose d'une « capacité de discernement » suffisante (sic). Un terme qui, à l'avocat que je suis, évoque un récent procès d'assises. Pendant des jours, trois magistrats professionnels assistés d'un jury de douze citoyens ont entendu l'avis d'un collège d'experts réputés. Avec pour résultat qu'un doute subsiste toujours quant à la « capacité de discernement » de l'accusé (-désormais condamné-).

N'est-ce pas en soi déjà une raison suffisante pour ne pas brûler les étapes, a fortiori, quand il est question d'enfants ?

La fièvre pré-électorale peut certes faire halluciner tout politicien. Mais aujourd'hui, la réalité me paraît indéniable : les débats ne sont pas clos. J'en reviens ainsi au point de départ : prendre le temps de s'interroger davantage sur cette proposition de loi.

Car s'il n'y a pas d'âge à la souffrance, il n'y a pas d'âge à la vie non plus. Voilà aussi pourquoi le dernier mot n'a pas encore été dit.

Article paru dans La libre 13/02/2014


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