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... étendre l'euthanasie aux enfants et aux personnes démentes ?

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Une transgression en entraîne une autre.

Déposé le 30/04/2013 à 16h02  Catégorie Réflexions de soignants

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Alexandre PERSU Alexandre PERSU
Prof., Chargé de cours UCL, Chef de Clinique St L

La dépénalisation de l'euthanasie a été largement justifiée par le respect de l'autonomie intégrale du sujet, supposée s'étendre au droit de mettre fin à une vie devenue un fardeau insupportable. Dans cette optique, le médecin est le garant de cette autonomie, et devient l'exécutant de cette volonté. Il est incité à violer le serment d'Hippocrate « par humanité » et à administrer une mort sans douleur, sinon sans souffrance à celui qui la réclame.

L'extension de ce qui devait être l'« exception d'euthanasie » aux patients atteints de démence, aux enfants mineurs ou aux grands prématurés, c'est-à-dire à des personnes ne jouissant pas encore ou plus de leur pleine autonomie met gravement à mal cette justification.

A moins que l'absence d'autonomie ne les exonère du statut de personne et donc des garanties que des siècles de civilisation chrétienne ont fini par associer à la personne humaine, même la plus faible et la plus démunie (l'«Habeas Corpus ») ?

Qu'on le veuille ou non, c'est déjà le principe qui sous-tend la dépénalisation de l'avortement : en déniant au fœtus son statut de personne humaine, on résout la contradiction sinon insoluble entre le droit de la femme à « disposer de son corps » et celui de l'enfant à ...vivre. Après cela, étendre l'euthanasie aux grands prématurés ou aux enfants n'ayant « aucune chance de survie » à la naissance n'est qu'une différence de degré.

On est moins habitué à raisonner de la sorte pour les personnes ayant atteint l'autre rive de l'existence. Il est plus difficile d'administrer la mort à ceux que nous avons aimés dans la plénitude de leurs facultés qu'à un enfant encore à naître que seule la mère peut-être a eu l'occasion de connaître dans un mystérieux dialogue muet.

Est-on suffisamment naïf pour croire que les intérêts des familles et les pressions du politique désireux de réduire le coût des soins de santé ne pèseront en rien dans les décisions d'euthanasie chez des patients incapable d'exprimer leur volonté ?

Les pauvres, les étrangers, les êtres sans famille que nos progressistes font profession de défendre tant qu'ils peuvent encore déposer un bulletin dans l'urne: voilà les premiers candidats à l'euthanasie. En l'absence d'interlocuteur la discussion ne sera pas longue. Ne voit-on pas qu'il y a là un risque de discrimination intolérable ?

Pis encore, l'élimination des grands prématurés et celle des déments pourraient devenir la règle plutôt que l'exception, inaugurant ainsi une barbarie hautement technicisée inédite dans l'histoire.

Mais voilà, en acceptant la dépénalisation de l'avortement puis de l'euthanasie, nous avons-nous-mêmes posé sans le savoir les jalons qui nous conduisent au seuil de transgressions nouvelles. Aucun obstacle conceptuel ne nous empêche plus de poursuivre dans cette voie.

Et si les raisonnements ne suffisent pas, les media sont là pour prendre en otage notre sensibilité et orienter notre libre arbitre en mettant en scène des situations médicales et humaines à la limite de l'insoutenable pour nos contemporains déshabitués du spectacle de la souffrance.

Gageons que seule une minorité de ceux qui, émus par la détresse des femmes, ont milité pour le droit à l'avortement étaient favorables à l'euthanasie et que beaucoup de ceux qui ont marqué leur accord pour la dépénalisation de l'euthanasie croyaient avoir définitivement- ou au moins pour longtemps- mis d'accord la loi et la pratique médicale.

Il est encore temps de s'opposer à ce rouleau compresseur qui, au nom de l'exception d'humanité » bouleverse tous les principes d'humanité.

Il est toujours temps.


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