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Suggérer à son patient de se faire euthanasier relève-t-il de la vocation du médecin ?

Déposé le 24/05/2016 à 17h39  Catégorie Opinion citoyenne

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Carine BROCHIER Carine BROCHIER
Coordinatrice de projets

Il a 37 ans. Un cancer du pancréas le ronge peu à peu. Pris en charge par l'équipe de soignants en soins palliatifs, il ne souffre pas. Voilà qu'un jour, son médecin vient le voir et lui fait une proposition surprenante : « Je peux vous endormir et vous ne sentirez rien. L'euthanasie est vraiment la meilleure solution pour vous ».

Cette proposition du médecin est bien réelle. Le patient est choqué et n'en veut pas. Il est tellement ébranlé qu'il demande aux membres de sa famille de se relayer jour et nuit à son chevet. Ni lui, ni ses proches n'ont plus confiance en l'équipe soignante à cause de ce médecin qui a suggéré l'euthanasie comme étant « sa » meilleure solution, la solution terminale.

Et que dire de cette jeune grand-mère de 70 ans victime d'un AVC et que son médecin encourage à demander l'euthanasie ? Elle ne sera pas soutenue par ses proches qui trouvent en effet que cela vaut mieux pour elle (et pour eux ?). Elle a été donc euthanasiée car on le lui avait suggéré la laissant bien sûr libre de refuser...en toute liberté.

Ces deux cas seraient-ils uniques ? Serait-ce exceptionnel qu'un médecin propose de grand cœur, lui-même, l'euthanasie à son patient ? La loi dépénalisant l'euthanasie prévoit que le médecin doit informer son patient des autres possibilités en dehors de l'euthanasie. La loi ne demande pas que le médecin, lui-même, propose et suggère l'euthanasie.

Notons que plusieurs associations se chargent de susciter les demandes d'euthanasie en présentant aux citoyens ce geste de mort provoquée comme étant la meilleure façon de mourir, sans douleur, au moment choisi et en toute dignité. Pourquoi faudrait-il résister à une telle invitation à mourir, et qui serait assez téméraire pour vouloir affronter la mort naturelle ?

Et c'est là, me semble-t-il, que se situe le piège qui mène non seulement à l'acceptation sociale de l'euthanasie mais également au sentiment d'impunité de certains médecins qui agissent en dehors du cadre légal, estimant qu'endormir ou accélérer la mort n'a rien de répréhensible.

Recevant dans le cadre de mon travail de plus en plus d'échos de soignants mais aussi de personnes dont les parents sont malades et hospitalisés, l'euthanasie m'apparaît comme une plaie béante pour le vivre ensemble et notre société. La volonté individuelle d'une personne demandant à ce qu'un autre, le médecin, provoque sa mort a des effets toxiques infligés aux soignants, aux proches, non seulement de cette génération mais aussi des générations à venir.

Se pourrait-il qu'aveuglés idéologiquement, nous ne nous apercevions pas des dommages collatéraux lorsque nous tuons l'un des nôtres même à sa demande ? Faut-il réagir face aux médecins mais aussi face aux proches qui en viennent à proposer l'euthanasie aux vieux encombrants, aux malades chronophages et aux cas psychiatriques pour qui on croit ne plus savoir quoi faire ?

Nous savons aussi combien nous sommes formatables par les médias où la mort provoquée après un cocktail d'adieu est présentée comme la bonne mort.

Par contre, ne sont-ils pas bien plus porteurs de vie ces témoignages de proches ayant expérimenté la bonté et le dévouement des soignants en soins palliatifs, ceux-là mêmes qui se battent tous les jours au chevet de leurs patients et y déploient un accompagnement d'excellence où la douleur est combattue et le malade pris en charge jusqu'à la mort naturelle ?

Autonomie, où est ta victoire ?

Provoquer la mort de l'un des nôtres est un acte grave. Or, aujourd'hui dans plusieurs pays, le primat de l'autonomie et de la liberté individuelle met en danger ce qui fonde la solidarité entre les citoyens. De par les effets collatéraux induits, nous sommes tous touchés par la pratique de l'euthanasie. C'est pourquoi, si nous voulons survivre, nous les vivants, à une culture mortifère et à l'individualisme destructeur du lien social, il est temps de résister.

Tout comme l'accueil des migrants nous bouscule et nous humanise, nos malades et nos personnes âgées dépendantes bousculent le rythme de notre quotidien trop bien occupé, ils nous décentrent de notre égoïsme individualiste. Nous avons tous, un jour, fait l'expérience de la joie qui surgit lors d'un soin à une personne fragile. Et tout comme la joie se partage, le prendre soin se partage aussi. C'est d'ailleurs ce qui fonde notre Humanité.

Y aurait-il quelque chose de bon et de vrai à re-découvrir dans cette vulnérabilité qui nous invite à dépendre de l'autre ?

Cela demande d'ouvrir les yeux pour nous investir ensemble dans de nouvelles relations, loin du geste meurtrier que constitue l'euthanasie.

Et alors, peut-être, lorsque je mourrai, je pourrai regarder les mains de mon médecin et me dire « Il n'a jamais tué. »


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