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Regard sur l'euthanasie dans les diverses religions et conceptions philosophiques : un commentaire

Déposé le 06/02/2014 à 18h04

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Xavier DIJON Xavier DIJON
Prof em. Faculté de Droit, Namur

Mesdames les sénatrices Fauzaya Talhaoui et Marleen Temmerman ont pris l'initiative d'inviter le 11 juin 2012, dans les locaux du Sénat, les représentants de différentes religions et conceptions philosophiques à donner leur regard sur l'euthanasie, en particulier sur les deux récentes propositions parlementaires visant à élargir la loi du 28 mai 2002 relative à l'euthanasie, à deux catégories supplémentaires de malades, les mineurs d'âge d'une part, les déments d'autre part(1).

Un des enjeux soulevés dans les conclusions du colloque par M. Gilles Génicot, membre du Comité consultatif de bioéthique, concerne l'attitude des hôpitaux face à l'euthanasie : peuvent-ils, comme institutions, refuser que soit pratiquée l'euthanasie en leurs murs ? Peuvent-ils en outre faire signer aux médecins un engagement qui va dans ce sens ? De même, peuvent-ils imposer au malade un filtre palliatif ? Ou encore permettre que le médecin refuse de désigner un autre médecin qui pratiquera le geste de mort ?

Pour l'orateur, le destinataire de la clause de conscience ne peut être qu'une personne physique, et non une personne morale. En outre, personne ne peut interdire à autrui de poser un acte reconnu comme légal. Puisqu'il existe un droit à demander (et à pratiquer) l'euthanasie, il faut répandre une nouvelle culture de la fin de vie, tant chez les patients que chez les soignants. Contre les morales qui ne sont que relatives puisqu'elles ne sont pas partagées par tout le monde, notre droit a fait prévaloir la liberté et la vie privée : l'homme est maître de son destin.

C'est donc sans causer de grande surprise que le point de vue laïque exposé sur l'aspect institutionnel de l'objection de conscience adopte la perspective de l'individualisme libéral, déjà largement présent dans les fondements de la légalisation de l'euthanasie elle-même. Puisque chaque sujet est libre de se déterminer par lui-même au point d'obtenir d'autrui sa propre suppression, la maîtrise absolue de soi transparaîtra nécessairement dans l'évaluation des autres rapports sociaux, y compris de ceux qui se nouent à l'intérieur de l'institution hospitalière d'une tendance confessionnelle déterminée, catholique par exemple. Ainsi, selon cette perspective libérale, la clause de conscience est rigoureusement personnelle, le droit d'obtenir l'euthanasie est inconditionnel dans le chef du malade, l'indication du médecin qui pratiquera l'euthanasie est obligatoire, etc. Or c'est précisément ce regard-là qui empêche l'institution confessionnelle d'être ce qu'elle est puisqu'elle porte en elle une autre philosophie, du moins lorsqu'elle entend rester fidèle à son inspiration première.

Prenons l'exemple des institutions catholiques. Dans la mesure où l'Eglise lit dans l'Ecriture sainte, à la fois, que les humains sont nés de Dieu dont l'amour les a suscités à Son image et ressemblance, et que les disciples du Christ doivent s'aimer les uns les autres comme leur Maître les a lui-même aimés, on ne voit pas par quelle contradiction cette institution-là en viendrait à admettre que l'euthanasie soit pratiquée dans ses murs. Or l'institution n'a-t-elle pas le droit de faire valoir, dans le champ public, sa propre conception de l'existence humaine ? La liberté d'association que la Constitution belge lui reconnaît, de même d'ailleurs que la liberté de discussion du contrat de travail, ne préservent-elles pas l'originalité de chacun des groupes librement constitués ? Il serait piquant, en tout cas, de constater que les partisans inconditionnels de la liberté soient ceux-là mêmes qui s'y opposent.

Mais, dira-t-on, n'est-ce pas précisément une preuve d'amour que d'accéder au vœu du grand malade qui souhaite obtenir le soulagement de ses souffrances par son exit final ? Si sincère que soit la bonne foi des protagonistes d'une telle position, il faut reconnaître qu'elle ne respecte tout de même objectivement ni la dignité des partenaires en présence, ni l'ordre souhaitable dans nos sociétés démocratiques. Car l'existence du malade ne dépend pas de sa seule volonté, et l'office du médecin ne consiste jamais à donner la mort. En outre la diffusion de la mentalité euthanasique corrompt le fonctionnement de la société, comme les divers représentants des religions l'ont exposé. En acceptant de jouer jusqu'au bout, par le respect de la vie -si fragile qu'elle soit-, le jeu de la solidarité humaine, l'institution catholique ne se rend sans doute pas la tâche facile, mais n'est-ce pas à ce prix, résistant aux sirènes du libéralisme, qu'elle témoignera lumineusement de la dignité de la personne humaine ?

(1) Actes du colloque


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