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Pour les médecins : un cours à option : « fin de vie et directives anticipées »

Déposé le 14/06/2016 à 15h24  Catégorie Réflexions de soignants

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En tant que jeune médecin et nouvelle dans la pratique, je suis confrontée à de nombreuses questions lorsqu'il s'agit d'accompagner un patient en fin de vie. En effet, je ne suis pas habituée à devoir « traiter » un patient alors qu'il n'y a plus aucun traitement possible. Comme soignants, nous essayons autant que possible de pourvoir au confort du patient en fin de vie, mais notre « connaissance » dans la prise en charge de ce type de patient se limite à quelques heures de cours que nous avons suivies dans un local peu accueillant. Dans mon cas, c'était il y a trois ans à la KULeuven. Notre « expertise » nous la construisons jour après jour mais, pour le moment, elle se limite à ce patient en soins palliatifs qui me demande : « Docteur, et maintenant quoi ?» Oui, quoi maintenant...

Dans notre formation inter-universitaire comme assistants en médecine générale, il nous est proposé de suivre quelques cours optionnels. C'est pourquoi, j'ai été interpellée par ce cours intitulé « La fin de vie et le testament de vie », donné à la VUB. Quelle aubaine ! Une mise à jour pour rafraîchir ce que j'ai appris il y a trois ans et le mettre en pratique, pourquoi pas ? Cela m'aidera sans doute à répondre à la question de mon patient, pensais-je.

La première chose, c'est que durant les trois heures de formation, je me suis dit qu'ils auraient mieux fait d'intituler ce cours « Mettre fin à la vie et dernières volontés ». Et quand ce soir-là, je suis rentrée à la maison, j'étais perplexe par rapport à la formation prodiguée et à ce que j'y avais entendu. Je me sentais, pour reprendre les mots du professeur comme celui qui mord le pilier de façon entêtée.

- Mais serait-ce donc une erreur que de ne pas suggérer immédiatement au patient « la mort humaine et indolore » comme seule alternative à la « souffrance terrible qui l'attend » ? Est-il vraiment inutile de lui parler des autres options, comme celle des vrais soins palliatifs ?

- Dois-je vraiment me réjouir avec le médecin qui nous enseigne, du fait que la majorité des confrères travaillant avec lui, ont « franchi le pas » et pratiquent maintenant l'euthanasie ?

- Dois-je être d'accord avec l'affirmation selon laquelle « des souffrances insupportables pour lesquelles il n'y a aucun traitement possible », est, selon lui, équivalente à l'affirmation « quand le patient estime que la souffrance est insupportable et lorsque le patient ne voit plus aucun traitement possible? »

Que faire alors quand un patient déprimé et suicidaire ne veut pas de traitement, parce qu'il est si profondément plongé dans sa dépression et, que, d'après lui, sa souffrance est insupportable ?

Mais il y a plus.

- Dois-je admettre sans broncher l'affirmation selon laquelle la sédation palliative n'est qu'un moyen déguisé pour que tout se passe « plus rapidement »?

- Et lors d'une sédation, dois-je adhérer à la suggestion d'administrer une dose de sédatifs bien plus élevée que la dose nécessaire, souvent même sans que le patient ou la famille en soient informés?

Face à ces questions, je me souviens qu'il y a trois ans nous avons aussi parlé la sédation palliative comme un moyen très respectueux et précieux d'offrir une solution de rechange aux personnes dont les souffrances pouvaient difficilement être atténuées, humaine sans toucher à la « vie » elle-même.

Je me souviens que nous parlions de la souffrance et des diverses formes de souffrance ... que la souffrance ne pouvait pas toujours être soulagée avec des médicaments ... que la souffrance n'était pas une question purement médicale et scientifique ... que donner du temps au patient et lui offrir une oreille attentive pouvait parfois faire des miracles ... mais aussi que pour certaines personnes, dans certaines situations exceptionnelles , l'euthanasie était une alternative à respecter.

On parlait de la fin de vie avec un immense respect pour le patient, et de la « vie humaine » comme une réalité d'une valeur inestimable.

Mais alors, qu'est-ce qui a changé en 3 ans ? Est-ce qu'il faut si peu de temps pour modifier les mentalités et l'appréhension des choses ? Serait-ce que la façon de voir de la KULeuven est tellement différente de celle de la VUB ?

Et en proposant aux jeunes médecins une telle formation, essaie-t-on d'induire un changement de mentalité en leur suggérant, au début de leur pratique qu'ils sont de « mauvais médecins » lorsqu'ils ne partagent pas la conviction selon laquelle la souffrance doit être combattue coûte que coûte, au nom du principe qui dit que « la fin justifie les moyens » ?

Est-ce que je vais me laisser influencer par cette mentalité ?

Et quelle sera ma réponse aujourd'hui à la question de mon patient en fin de vie : « Docteur, et maintenant quoi ?»

Et au prochain ? Et celui d'après ?


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