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Maintenant que la loi sur l'euthanasie est votée et signée...

Déposé le 24/04/2014 à 12h35  Catégorie Regard du Philosophe

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Charles DELHEZ Charles DELHEZ
Chroniqueur

La loi sur l'euthanasie des mineurs démontre que les questions éthiques sont de plus en plus idéologiques. La démocratie tend à s'ériger en absolu, comme la monarchie de droit divin en son temps.

A la lumière d'une luciole, le Roi a apposé son seing à la loi sur la dépénalisation partielle de l'euthanasie des mineurs. Le Moniteur l'a publiée. L'affaire est close. Qu'on me permette cependant quelques réflexions "post factum" qui n'engagent que moi, mais me tiennent à cœur. De conviction démocratique, en effet, j'accepte. Comme humaniste, je suis inquiet.

Que va donc changer cette loi ? Rien, aurait-on envie de répondre. A partir du moment où l'euthanasie des adultes est devenue un acquis - un droit, pensent les gens -, le tournant a été pris. Comme il fut argué en son temps, c'était la porte ouverte à la banalisation et, plus grave, à l'amplification. C'est ce qui est arrivé. Viendra sans doute ensuite la loi sur l'euthanasie des personnes "démentes". Quand un interdit fondateur de toute vie en société est franchi, quel autre interdit peut encore empêcher la dérive ? L'individu devient un absolu, sans Dieu ni maître, qui décide du bien et du mal sans autre référence que lui-même. Autre chose de ne pas toujours pouvoir respecter une loi - la faiblesse humaine demande compréhension et bienveillance -, autre chose d'ériger cette faiblesse en quasi droit et de légiférer à partir des exceptions plutôt que de l'idéal.

Les questions éthiques sont de plus en plus idéologiques. Les débats parlementaires, les changements d'alliance (même si la liberté de conscience a été respectée), l'urgence de l'agenda en sont des illustrations. La démocratie a tendance à s'ériger en absolu, comme la monarchie de droit divin en son temps. Or, l'homme est mesuré non pas par le décompte des voix, mais par un idéal qui le pousse à croire en la vie, à l'aimer, même lorsqu'on ne peut la qualifier de belle et que l'envie nous prend de murmurer ou de crier : "J'en ai assez !" L'amour de la vie est l'honneur de l'humanité. Les peuples pauvres en sont souvent les témoins inattendus, leur joie de vivre étant contagieuse.

Du point de vue des mineurs, cependant, il y a, me semble-t-il, un changement important. "Il y a peu de cas, mais c'est une victoire symbolique", ai-je pu entendre, en substance, à la radio. Symbolique : voilà précisément ce qui suscite en moi une profonde inquiétude. Le rôle des parents est en effet virtuellement transformé, et cela se réalisera chaque fois qu'ils donneront l'autorisation de mourir. C'est symboliquement grave. Jadis, sans loi, cela se faisait, peut-être en âme et conscience, mais c'était un échec (que je ne peux pas juger) et une infraction (non poursuivie dans les faits). Maintenant, c'est un "droit" donné aux parents, même si le mot utilisé est celui de dépénalisation partielle. C'est tout différent.

La loi piège les parents dans un dilemme tragique. Ou je consens et je n'ai pas défendu mon enfant envers et contre tout, et même contre lui-même. Ou je ne consens pas, et je suis un parent indigne qui laisse souffrir son enfant. Les parents deviennent donc, aux yeux de leur enfant, ambivalents : ils ont droit de vie et de mort; ils ne sont plus ceux qui font pour lui, jusqu'au bout, le choix de la vie. Ils peuvent, en effet, laisser la mort gagner sur la vie. Quelle protection reste-t-il donc à l'enfant contre lui-même (car nul n'est à l'abri de pulsions de mort) ? Quel message aux yeux des autres enfants ?

Au nom de la liberté ! Mais elle n'est jamais pleine et entière. Lui laisser, en matière de vie ou de mort, la décision ultime est risqué. Car après, il est toujours trop tard. L'euthanasie est, de fait, une "liberté individuelle", une possibilité, mais elle doit rester, estime Axel Kahn, un "interdit collectif" (1). Je le rejoins. Qui peut en effet empêcher cet acte, qui peut juger la personne qui le pose ? Mais de là à l'inscrire dans la loi...

(1) Axel Kahn, Un type bien ne fait pas ça... NiL, 2010.


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