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Le geste euthanasique aurait-il des conséquences dévastatrices sur l'ensemble de la société ?

Déposé le 06/12/2013 à 16h41

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Louis-André RICHARD Louis-André RICHARD
Professeur de philosophie

L'euthanasie présentée comme une décision individuelle aurait-elle un impact sociétal? Se pourrait-il qu'elle modifie le tissu social? L'euthanasie politiquement et juridiquement endossée est un phénomène dont l'étendue des effets sur la société est difficile à cerner. Mais déjà, on peut noter une troublante ambiguïté au sein de la population. La confusion grandissante altère les liens humains. En faisant de la pratique de l'euthanasie un soin, on ne fait qu'aggraver la situation. In fine, il faut craindre ce que je nommerai ici l'effet « naphtaline ».

De quoi s'agit-il ? La dépénalisation de l'euthanasie en Belgique et les divers amendements et sous amendements en débat actuellement pour les mineurs, ressemblent au fait d'utiliser une boîte à chapeau en guise de cloche à gâteau. L'intention peut sembler bonne, mais le résultat est désastreux. Assez rapidement, le gâteau perd sa saveur et il est gâté. Qui plus est, celui qui en mangera risque d'être fort malade à son tour.

Je viens du Québec et en juin dernier, j'ai prononcé deux conférences en Belgique ; j'y ai rencontré des médecins pratiquant l'euthanasie et j'ai participé à un comité d'éthique dans un centre hospitalier. Après onze années de dépénalisation de l'euthanasie, un certain nombre de dommages collatéraux semblent avérés. Qu'est-ce à dire ? La tension est palpable dans les unités de soins ; le débreffage des médecins pratiquant l'injection mortelle est lourd et d'une efficacité douteuse ; la pénurie de médecins disposés à poser le geste commence à se faire sentir.

L'effet naphtaline se répand à la faveur du cadre juridique. L'euthanasie devenant un droit, le citoyen s'en réclame de plus en plus, sans nécessairement discerner la nature de ce qu'il demande. Les jeunes générations de médecins en viennent à penser qu'il est de leur devoir, de leur responsabilité civique, de pourvoir ce « service » à leur patient. Malheureusement, chez les uns comme chez les autres, les désillusions sont douloureuses.

Poser ce geste euthanasique a des conséquences dévastatrices sur l'ensemble de la société. Dans toute cette affaire, l'intention de départ est prétendument de protéger les droits des individus comme de faciliter le travail des soignants. Mais ne risquons-nous pas la contamination du tout par le dommage pervers d'une loi contraire au bien des citoyens, surtout des plus démunis ? Lentement, mais sûrement, tout le gâteau prendra le goût de la naphtaline. Les milieux de soins seront particulièrement affectés. Petit à petit, on perdra la saveur des liens signifiants, on ne goûtera plus le meilleur de l'humain confronté aux situations limites. La préservation de l'écosystème fragile des soins de fin de vie sera menacée par l'impérialisme d'une sorte de tyrannie de l'exception, politiquement endossée.

Vous avez entendu dire à plusieurs reprises qu'il y avait toujours un petit reste (5 à 7 % des patients) pour qui il n'y avait rien à faire. Pour eux et pour respecter leur dignité, nous devrions permettre l'euthanasie. Dans les faits, ce n'est pas exact : l'expérience palliative prouve que le recours à la sédation continue pourvoit très bien à ces situations limites. Donc, encore une fois, entériner un projet de loi comme l'extension de l'authanasie aux mineurs est un geste lourd et grave.

Pour dire les choses autrement, les boules à mites ressemblent à des bonbons, mais c'est un leurre, elles nuisent à la santé du corps social. Que les parlementaires belges rangent leur chapeau dans leur boîte et s'abstiennent de passer à la prochaine étape. C'est ce que j'appelle de mes voeux, pour préserver un sain climat social et une meilleure qualité des soins palliatifs.

Co-auteur du livre Plaidoyer pour une mort digne


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