Euthanasie Stop - http://www.euthanasiestop.be

... étendre l'euthanasie aux enfants et aux personnes démentes ?

Recherche avancée OK
Euthanasie Stop > La dignité de la fin de vie en danger. Vraiment ?

La dignité de la fin de vie en danger. Vraiment ?

Déposé le 20/03/2014 à 16h54  Catégorie Pente Glissante

  • Imprimer

Willem LEMMENS Willem LEMMENS
Prof. Universiteit Antwerpen, Centrum voor Ethiek

Etienne Vermeersch tire la sonnette d'alarme : la dignité de la fin est en danger (De Morgen, 11 mars). Un site Internet est lancé, les citoyens sont appelés à 'signer'. Et ils le font. Massivement. En réalité, tous les citoyens devraient signer, si Vermeersch avait raison. Mais a-t-il raison ? Dans une opinion détaillée, il fait fi de la vérité et joue sur les émotions.

La dignité de la fin de vie est-elle en danger dans ce pays ? Il est étrange d'entendre cela de la bouche de quelqu'un qui, il y a peu, triomphait suite à la légalisation de l'extension de l'euthanasie aux mineurs d'âge. N'était-ce pas un pas en avant ? Quel est alors le problème ?

Serait-ce le fait qu'un nombre important de pédiatres aient affirmé qu'ils n'avaient pas besoin de la loi pour prodiguer tous les soins nécessaires à leurs patients ? Et aussi qu'ils craignent qu'un signal erroné ne leur soit envoyé ? Le message des médecins était clair : non, la dignité de la fin de vie n'était certainement pas en danger même en l'absence cette nouvelle loi. Nous n'avons vraiment pas besoin d'une loi qui prétende que c'est bien le cas.

Mais ceux qui avaient besoin de cette loi (symbolique) l'ont, désormais. Craint-on dès lors que cette loi ne soit pas utilisée ? Une crainte probablement superflue : à n'en pas douter, les premiers cas couronnés de succès apparaîtront bientôt dans les médias.

Vermeersch craint qu'un mouvement bien orchestré soit né, avec pour objectif de saper « notre législation sur l'euthanasie ».

En effet, une plainte a été introduite auprès de l'Ordre des médecins contre un médecin qui, depuis des années, s'applique dans les médias et au travers de conférences, à briser le 'tabou' de l'euthanasie. Il y a peut-être d'autres plaintes, même auprès du parquet.

Où est donc la 'campagne' orchestrée ? Cela veut-il dire qu'on ne peut donc plus faire appel aux instances judiciaires de ce pays ? Le législateur a sagement estimé qu'en matière de soins médicaux, aucun abus ni situations intolérables ne devaient être tolérés. Et cela est aussi valable pour les soins en fin de vie. C'est à cela que sert la législation.

Si des citoyens pensent que la loi relative à l'euthanasie n'est pas correctement appliquée, ou que leurs droits sont bafoués, ne peuvent-ils réclamer leurs droits ? Vermeersch crie au scandale : on cherche à effrayer un pauvre docteur. Mais si l'on n'a rien à se reprocher, il n'y a rien à craindre. Cela signifierait-il que tout n'est pas conforme ? Laissons les juristes de l'Ordre des médecins faire leur travail. Espérons qu'ils le fassent avec le même zèle que Vermeersch applique pour dénoncer les citoyens qui osent réclamer leurs droits.

Ce qui le préoccupe vraiment est très clair. Nombreux sont ceux, en Belgique et à l'étranger, qui se posent de plus en plus de questions sur une politique d'euthanasie toujours plus libérale. Cela est-il aussi interdit ? Est-il inconcevable que cette politique ait des effets néfastes sur les soins médicaux, et même qu'elle puisse avoir des conséquences immorales ? De plus en plus de citoyens se méfient des contre-vérités et de certaines manipulations dont use le lobby pro-euthanasie pour plaider sa cause.

L'euthanasie pratiquée par un médecin à la demande du patient est également présentée par Vermeersch comme un idéal auquel chacun devrait pouvoir avoir 'droit'.

Toutes les alternatives telle que la sédation palliative, se voient chargées de soupçons, et présentées de façon caricaturale comme des solutions bancales. Seule une dépénalisation aussi large que possible de l'euthanasie offrirait un remède satisfaisant à des souffrances insupportables. Cela impliquerait-il dès lors qu'une fin de vie vraiment digne ne serait donc possible qu'en Belgique et aux Pays-Bas ? Est-ce crédible ? Cette façon de voir les choses est pourtant communément suggérée aux citoyens, sans que ceux-ci ne semblent par exemple savoir ce qui distingue (ou qui devrait distinguer) l'euthanasie de la sédation palliative.

En outre, l'on minimise systématiquement les problèmes complexes qui risquent d'apparaître quand les demandes d'euthanasie en raison de 'souffrances insupportables' deviendront habituelles de la part de patients psychiatriques, de personnes handicapées ou démentes. Pour Vermeersch, il n'y a probablement qu'un problème : pour le moment, ces personnes ne sont pas à même de formuler la demande de façon suffisamment claire. La législation doit être élargie, chacun doit participer à cette 'success-story'. Celui qui émettrait certaines critiques serait traité d'intolérant, d'inhumain et de mal informé.

Mais la vérité est peut-être plus subtile. Tous ceux qui font entendre une voix discordante par rapport à la pratique actuelle de l'euthanasie sont peut-être préoccupés de la liberté et de la dignité de tous les citoyens, y compris face aux soins qui entourent la fin de vie. Liberté et dignité du patient, bien évidemment, mais aussi la liberté et la dignité du médecin, du personnel soignant, des familles concernées : la liberté et la dignité de chacun d'entre eux. Peut-être certains veulent-ils, librement et dignement, faire entendre leur voix quand ils pensent que, malheureusement, la loi relative à l'euthanasie conduit à des pratiques de soins qui ne sont pas conformes à la dignité humaine ?

L'on serait bien avisé d'écouter ces personnes parce qu'elles manifestent également, haut et fort, leur souci de ne pas mettre en danger la dignité de la fin de vie par des manipulations et une certaine désinformation.

Willem Lemmens (Professeur d'éthique, Université d'Anvers)

Signé par (e. a.) : Mohamed Achaibi, Philippe Ballaux, Jan Becaus, Benoit Beuselinck, Gerard Bodifée, Luc Braeckmans, Filip Buekens, Roger Burggraeve, Steven Bieseman, Yves Biot, Marc Calmeyn, Georges Casteur, Paul Clement, Katrien Cornette, Herman De Dijn, Yvonne Denier, Raf De Rycke, Jan De Volder, Daniel Devos, Timothy Devos, Johan De Tavernier, Willeke Dijkhoffz, Marc Eneman, Griet Galle, Chris Gastmans, An Haekens, Mouloud Kalaai, Fernand Keuleneer, Hilde Kieboom, Lieven Lagae, Olivier Lins, Pierre Mertens, Hendrik Opdebeeck, Roeland Polspoel, Toon Quaghebeur, Abdellatif Riffi, Katrien Schaubroeck, Bernard Spitz, René Stockman, Michiel Strybos, Johan Taels, René Trau, Steven Vanackere, Bart Van den Eynden, Bernadette Van den Heuvel, Bert Vanderhaegen, Toon Vandevelde, Stefaan Van Gool, Guy Vanheeswijck, Walter Van Herck, Els van Hoof, Linus Vanlaere, Luc Van Melkebeke, Fernand Van Neste, Jean-Pierre Verbelen, Jos Vermylen, Jan Wouters, Kristien Wouters

(Traduction libre de l'article paru en néerlandais dans De Morgen, 15/03/2014)


Les auteurs / contributeurs (Tous les auteurs)