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Isolement

Déposé le 30/12/2014 à 14h04  Catégorie Réflexions de soignants

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Véronique C. Véronique C.
Bénévole en Soins Palliatifs

Nous l'appellerons Paulette.

Dos à la porte, je ne vois que son dos vouté et frêle, ses cheveux courts et ses bras trop maigres. Toute petite, toute menue, elle est assise au bord de son lit face à son plateau repas; ses jambes ne touchent pas le sol, et noyée dans son t-shirt jaune moutarde trop grand et son bas de jogging trop court, elle ressemble à un enfant.

En m'approchant d'elle, je réalise qu'elle pleure à chaudes larmes. Je m'assois près d'elle, lui tends une main qu'elle saisit et attends qu'elle s'apaise. Sa table se couvre de mouchoirs froissés, elle n'a pas touché à son dîner.

Petit à petit elle se raconte.

Le drame de Paulette c'est de savoir qu'elle doit repartir chez elle. Pour beaucoup, cela serait une bonne nouvelle. Mais visiblement pas pour elle. Paulette vit seule, dans son petit appartement au cinquième étage. La seule voisine qu'elle connaissait et avec laquelle elle parlait un peu est partie il y a six mois en maison de retraite. Depuis, elle vit dans le silence. Pas d'enfant, pas d'homme dans sa vie, pas d'amour à donner ou à recevoir, elle fait partie de ces milliers de personnes qui vivent seules et isolées. Hospitalisée pour un cancer pendant trois semaines, elle est arrivée ici pour reprendre des forces et trouver un traitement contre la douleur. Et depuis un mois et demi, elle découvre ce qu'est le soin, l'attention, la chaleur du regard porté, le plaisir de partager, de raconter, d'échanger.

Elle s'est attachée à chaque soignant, plaisante avec tous, les appelle par leur prénom; elle est un peu chez elle. Les bénévoles sont devenus sa famille, elle ne se soucie plus de savoir comment descendre faire les courses et quoi préparer pour son diner. Ici, elle vit enfin dans la vraie vie avec des gens qui la regardent. Alors, lorsque le médecin est venu lui annoncer qu'elle allait pouvoir rentrer chez elle, il lui a semblé que la vie s'arrêtait. Assise devant ce qu'elle me nomme "son dernier repas", elle pleure sans se retenir;

- C'est la première fois de ma vie qu'on s'occupe de moi, vous vous rendez compte? Et on va m'enlever ça pour me laisser toute seule! Mais je suis malade quand même vous savez, je sens que je suis très malade. Regardez, je n'arrive même pas à manger.

Que dire face à ce drame de l'isolement? En la quittant, j'en suis presque à espérer qu'elle va avoir une complication pour pouvoir rester.

Les soins palliatifs seraient-ils le dernier havre de socialisation pour les personnes isolées?


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