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Euthanasie et souffrance

Déposé le 24/10/2013 à 13h54

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Myriam TERLINDEN Myriam TERLINDEN
Thérapeute familiale

A la lecture des différents arguments pour ou contre la loi sur l'euthanasie, je m'interroge: peut-on dissocier la question de l'euthanasie de celle, profonde, lancinante et même existentielle, de la souffrance ?

L'homme butte sur la souffrance, et cherche des solutions, mais quand elle résiste, qu'elle tue à petit feu, très souvent, il pense à la mort. Thérapeute familiale, combien de fois n'ai-je pas entendu mes clients me dire, avec beaucoup de culpabilité souvent, avoir voulu la mort de l'un ou l'autre proche. Or la mort n'est pas voulue « pour elle-même » mais parce qu'elle semble être la seule issue pour sortir de l'impasse.

C'est justement parce que cette issue est refusée par la société que nous sommes invités, et même obligés de chercher d'autres pistes, d'autres chemins. Chemins qui ne seront jamais faciles, mais qui seront rendus viables par l'amour, la solidarité, les soins efficaces, le refus de l'acharnement thérapeutique, l'effort et les larmes partagés.

Ceux d'entre nous qui ont l'immense chance de vivre dans un contexte aimant seront probablement accompagnés dans l'amour jusqu'au bout. Mais quid des pauvres, des esseulés, des désespérés, des incurables lourds à porter, des déments incontinents, des gravement dépendants, des psychiquement vulnérables ? Qui se battra pour leur montrer un chemin qu'ils puissent vivre, même en souffrant ? Qui les sortira de la désespérance du trop de douleur ? La mort supprime la souffrance, ça oui, mais elle supprime la personne aussi... Est-on bien sûr que c'est ce qu'elle voulait, réellement ? Est-on bien sûr qu'elle ne voulait pas, surtout, sortir de l'impasse ? La fin de sa solitude ? La fin de l'impression d'être une charge inutile ? Trouver un sens, un vrai sens au fait de se voir diminuer, perdre ses forces...

A force de vouloir se montrer compatissant et compréhensif, n'est-on pas occupé à ouvrir tout grand, au fond de l'impasse de la souffrance, la porte de la mort ? Le malade aura-t-il encore la force de ne pas s'y engouffrer, alors qu'il n'était peut-être pas encore réellement prêt pour quitter ce monde ?

Quelle sera la prochaine étape ? Y avons-nous pensé ?


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