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Euthanasie des enfants : mon cœur dit non !

Déposé le 24/10/2013 à 13h55

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Charles DELHEZ Charles DELHEZ
Chroniqueur

Il arrive que le cœur dise non avant même que la raison ait pu développer ses arguments psychologiques, académiques ou juridiques. C'est ce que je ressens en lisant la proposition de loi de Philippe Mahoux.

Et je suis bien désolé que pour clamer un oui à la vie, je doive faire entendre un non.

C'est, dans un premier temps, une colère qui sourd en moi. J'essaie de la contenir et de la transformer en tristesse, une profonde tristesse. Qu'arrive-t-il à la vie, que veut-on faire à l'humain ?

Et je repense à toutes ces personnes que j'ai eu la grâce de croiser dans mon existence et qui m'ont tant apporté. Il se pourrait donc que, de par la permission de l'une ou l'autre loi, elles aient pu ne pas continuer à vivre. Et je revois ma propre mère atteinte d'Alzheimer et maintenant décédée.

On sent bien que, dans cette proposition de loi, il y a quelque chose qui ne sonne pas juste. Au nom de la liberté outrecuidante des uns, on profite de la faible liberté des autres.

Or toute liberté est toujours en chemin, imparfaite, balbutiante, peut-être même embryonnaire. Mais elle a toujours droit au respect. Notre liberté s'arrête là où commence celle de l'autre, dit-on. Décidons qu'il n'en a pas, et la nôtre sera toute-puissante.

La tentation est trop souvent de faire taire l'autre quand il nous dérange, quand il n'est pas comme je voudrais qu'il soit. Or la souffrance n'est jamais ce que nous voudrions, et à raison. Elle n'en demeure pas moins une occasion d'aimer davantage.

Il faut "ajouter de la vie au jour lorsqu'on ne peut ajouter de jours à la vie", dit la phrase célèbre du cancérologue Jean Bernard.La solution n'est jamais d'en retrancher. Il y a toujours une tendresse, une compassion, une communion possibles. La fragilité est un cri, un appel : aime-moi tel que je suis, là où j'en suis.

Il ne s'agit pas de faire l'éloge de la souffrance (toujours à faire reculer, sans jamais pouvoir la supprimer totalement), mais de ce qu'elle fait naître. Il n'y a pas qu'une seule manière de mourir dans la dignité.

Comme les lecteurs des 200 000 livres déjà vendus, j'ai été profondément touché par Anne-Dauphine Julliand et son "Deux petits pas sur le sable mouillé" (éd. Les Arènes). Elle y raconte les vingt-deux derniers mois de sa petite Thaïs, deux ans, atteinte de leucodystrophie métachromatique, une maladie douloureuse, mortelle. Tout au long de ce récit, elle laisse parler son cœur. Ce qui aurait dû être la chronique d'une mort annoncée devient une hymne à la vie. A mes étudiants de Namur auxquels elle parlait récemment, elle a pu dire : "La réponse face à la souffrance ne sera jamais la mort, mais l'amour." Applaudissements. J'ai rarement senti un amphithéâtre universitaire aussi attentif et ému. "Je n'ai jamais souffert à cause de Thaïs. Jamais. J'ai souffert avec elle", confiait-elle.

J'ai peur que, petit à petit, sans s'en rendre compte, on détricote le "principe d'humanité" (Jean-Claude Guillebaud). "Saurons-nous encore définir - et défendre - l'irréductible humanité de l'homme ?" se demande-t-il.

Elle est connue, l'histoire de la petite grenouille si bien dans son bocal sous lequel on a allumé une flamme. L'eau se réchauffant comble d'aise le petit batracien. La température grimpe, un peu trop. Il serait encore temps de sauter hors du bocal, mais on finit par s'y habituer. Et puis, il est trop tard Les arguments rationnels à opposer aux auteurs de ce projet ne manquent pas, mais j'ai voulu laisser parler le cœur. N'a-t-il pas aussi ses raisons ?

Nous remercions l'auteur d'avoir autorisé la publication sur ce site de son article paru dans "La Libre" le 19/12/2012


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