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Entrer en résistance créatrice !

Déposé le 17/05/2013 à 17h50

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Emmanuelle WILMART Emmanuelle WILMART
Ancienne aumônière d'hôpital

A vous qui avez choisi de prendre soin des malades, des êtres vieillissants, des agonisants que tôt ou tard, nous serons tous, je vous adresse un appel : S'il vous plaît, au nom de ce qui anime en profondeur votre travail et qui présida à votre orientation professionnelle, au nom de vos mains et de vos cœurs quotidiennement engagés auprès de personnes malades et souffrantes, au nom de notre humanité commune fragile et belle à la fois, entrez en résistance !

Oui, résistez à cet esprit mortifère qui se propage dans notre humanité et qui tente de raccourcir et d'oppresser le cœur de l'homme ni vu ni connu.

L'euthanasie (et tout élargissement de cette pratique) est un acte qui sape de l'intérieur le don de deux vies : la vie diminuée et souffrante de celui qui est tenté de voir dans l'euthanasie la solution à sa détresse spirituelle profonde et la vie de ceux qui tentent de répondre et de prendre soin de celui-ci en pratiquant l'euthanasie. Pourquoi?

Notre cœur humain est un cœur pour autrui, un cœur habitable, un cœur en creux pour un autre quels que soient son visage et sa proximité. La voie du bonheur est de devenir une maison habitable pour autrui et d'avoir des chez-nous chez les autres. Vivre, c'est accueillir chez soi et être accueilli. Pour que ce mouvement de rencontre et de vie circule, croisse et ne tarisse pas au long d'une vie, il faut 3 combustibles: une Source aimante, la confiance et l'espérance.

La Confiance car la peur de sortir et de ne pas être accueillis nous taraude et nous condamne au repli, l'espérance car nous rencontrons parfois en nous et dans les autres des fermetures de cœur et que nous ne voyons pas toujours les fruits de notre amour, et une source Aimante car l'amour s'éveille et grandit en nous à mesure qu'on se laisse aimer. La fécondité de la vie et sa surabondance impliquent la lutte intérieure et concrète contre tout ce qui l'abîme de l'intérieur ou de l'extérieur : repli, désespérance, abandon, égoïsme, déception,...

Euthanasier un être humain en panne d'espérance, d'amour ou de confiance, c'est l'abandonner dans la mort spirituelle. Répondre à la détresse spirituelle par l'acte de l'euthanasie revient à enfermer l'autre dans la mort spirituelle. C'est la victoire de la Mort dans la mort !

C'est aussi ruiner en soi le mouvement même de la vie et sa fécondité. Donner la mort, c'est condamner son espérance et perdre l'horizon sur lequel donner sa vie au jour le jour. D'euthanasie en euthanasie, le risque est grand de perdre le goût de la vie ! Sans horizon, le don s'épuise...

Quand l'un des nôtres a épuisé ses ressources vitales, puisse-t-il trouver dans ceux qui l'entourent de quoi s'abandonner dans l'amour et la confiance. Puisse-t-il réchauffer son âme au contact des vôtres et se laisser porter! Nos trésors spirituels communiquent, nous sommes profondément solidaires les uns des autres. De la même façon que nous pouvons partager (pour une part) la souffrance d'autrui et compatir, nous pouvons rayonner avec délicatesse et douceur ce qui anime et soutient notre vie, la Vie dans la vie !

S'il vous plaît, ne cédez pas à cette tentation lancinante de croire que refuser de pratiquer l'euthanasie vous rendrait moins aimants et moins compatissants.

Au contraire, refuser de pratiquer l'euthanasie, c'est refuser d'introduire un germe de mort dans un cœur qui vous est confié. Dire non à l'euthanasie, c'est reconnaître et prendre soin de ce sanctuaire intérieur qui fait que l'homme est homme. C'est l'aimer et l'honorer dans son plus profond mystère !

Bien sûr, refuser l'euthanasie implique dans le même mouvement de construire des espaces d'accueil concrets et structurellement bienfaisants pour les mourants, de propager la culture palliative au-delà des unités de Soins palliatifs. La vie intérieure est tellement abîmée quand le corps est délaissé, malmené, ignoré ! Il s'agit de prendre soin de tout l'homme et de bâtir pour lui une société qui lui offre réellement une « maison habitable » pour toutes les saisons de sa vie.

Pour conclure, je lance un appel : Pourquoi ne pas créer aujourd'hui davantage de « maisons palliatives » ? Manquons-nous réellement de moyens économiques et humains pour oser proposer des structures neuves où la Vie circule jusqu'au bout ? Je ne le crois pas ! Nous sommes capables de plus, tellement plus ! Je l'ai vu de près, à vos côtés. Vos compétences médicales, la générosité du don qui vous habite, vos cœurs hospitaliers à la détresse d'autrui sont pour moi les « preuves » tangibles de ce qualitativement plus humain que nous pouvons mettre en œuvre.

Oserons-nous entrer en résistance créatrice ?


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