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Elargir le champ de la loi relative à l'euthanasie ? Une loi perverse peut-elle être « perfectionnée »

Déposé le 12/04/2013 à 12h27  Catégorie Pente Glissante

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Jacques ZEEGERS Jacques ZEEGERS
Chroniqueur

Les propositions visant à élargir le champ d'application de la loi relative à l'euthanasie et actuellement soumises au Parlement belge se justifieraient, selon leurs auteurs, sur une constatation : la loi de 2002 contiendrait des « imperfections ». Cette justification appelle déjà une première remarque. Pour pouvoir perfectionner une loi, il faudrait que celle-ci soit bonne en elle-même. A partir du moment où une loi est perverse – et c'est bien le cas de cette loi qui autorise un médecin à donner la mort – on ne voit pas comment on pourrait la « perfectionner ». Perfectionner une chose mauvaise, c'est la rendre plus mauvaise encore.

Nous assistons en effet depuis une trentaine d'années à une dérive constante qui nous conduit toujours plus près d'une véritable civilisation de la mort. Une fois enfoncé le tabou du respect de la vie humaine qui constitue le fondement le plus évident de toute civilisation digne de ce nom, les barrières disparaissent les unes après les autres. Cette dérive a commencé lorsqu'on a admis que supprimer un enfant dans le sein de sa mère n'était plus punissable. Bien sûr, pour la rendre « acceptable » cette autorisation d'éliminer une vie naissante fut, assortie de conditions. Il n'a pas fallu longtemps pour que celles-ci soient totalement oubliées ou totalement vidées de leur contenu. Une fois l'avortement totalement banalisé, on s'est attaqué aux balises qui accompagnaient la fin de la vie, avec le même scénario. La loi de 2002 sur l'euthanasie a aussi été assortie de conditions soi-disant strictes que l'on s'empresse maintenant de vouloir détricoter. La vraie question qui se pose est celle de savoir où l'on s'arrêtera. La réponse est malheureusement évidente : on ne s'arrêtera jamais sur cette pente savonneuse. Il y aura toujours des « imperfections » à éliminer. Après avoir éliminé les imperfections de la loi, on éliminera les unes après les autres les « imperfections » de la vie elle-même qu'elle soit naissante ou finissante.

Venons-en maintenant au contenu de ces lois.

1. Prolonger indéfiniment la durée de validité, actuellement fixée à 5 ans, de la déclaration anticipée par laquelle une personne demande qu'on pratique sur l'euthanasie dans certaines circonstances si elle n'est plus capable de s'exprimer ?

Il s'agit ici d'éviter de priver d'euthanasie les personnes qui auraient par mégarde oublié de renouveler leur déclaration. Comme si les personnes ne pouvaient pas changer d'avis au cours de leur vie. Certes, les auteurs de la loi font remarquer qu'une déclaration peut toujours être annulée, mais une déclaration vieille de 10 ou 20 ans qui n'a pas été renouvelée peut difficilement être considérée comme une manifestation claire de la volonté de la personne concernée.

2. Ouvrir aux mineurs capables de discernement, même non émancipés, la possibilité de demander l'euthanasie et de faire une déclaration anticipée.

Une personne, même capable de discernement, n'est pas à l'abri de l'influence de son entourage. Si elle se sent coupable d'être malade, elle risque de demander l'euthanasie pour ne plus être un poids insupportable pour ses proches. Cet argument qui peut être avancé contre toute libéralisation de l'euthanasie, est a fortiori encore plus valable pour les mineurs d'âge. Comment un mineur d'âge dont on ne reconnaît pas la capacité de discernement pour des actes civils pourrait-il être capable de discerner lorsqu'il s'agit de choisir entre la vie et la mort ?

3. Obliger les médecins qui refusent de pratiquer l'euthanasie de diriger vers un confrère les personnes qui la demande et ce afin d'assurer la « continuité des soins »

N'est-il pas paradoxal d'évoquer la « continuité des soins » alors qu'il s'agit de permettre l'éventualité d'une euthanasie ? L'objection de conscience doit ici être respectée dans son intégralité. Il suffit que le patient soit informé de la position de son médecin vis-à-vis de l'euthanasie. S'il sait que cet acte est contraire à sa conscience, on ne peut lui demander d'y collaborer, même de manière passive.

4. Autoriser le « suicide assisté », moyennant des conditions semblables à celles qui ouvrent la porte à l'euthanasie.

Comme le soulignent – pour la justifier - les auteurs de la proposition de loi, le suicide assisté n'est pas fondamentalement différent de l'euthanasie. Il suscite dès lors les mêmes objections.


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