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7 paradoxes autour de l'euthanasie

Déposé le 22/01/2014 à 13h48

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Ignace DEMAEREL Ignace DEMAEREL
Professeur et chroniqueur

Reprenons le contexte : l'euthanasie est autorisée en Belgique depuis 2002, et nous étions alors le deuxième pays au monde (après les Pays-Bas) à le faire : selon certains, cela révèle que la Belgique est « moderne, progressiste et tolérante ». Selon d'autres, cela signifie une fuite en avant vers la 'culture de mort'. La discussion actuelle porte sur le fait que l'on veut élargir l'euthanasie aux mineurs. Voilà donc la crainte des opposants de 2002 confirmée : si l'on entrouvre la porte pour un groupe, il ne faudra pas longtemps avant que l'on veuille l'ouvrir davantage pour le suivant. Imaginons que l'élargissement de la loi aux enfants soit accepté, quelle sera la prochaine étape dans quelques années?

En terme d'absurdité, il y a plusieurs paradoxes derrière ce projet de loi : et tout d'abord celui-ci : les moins de 18 ans ne peuvent pas acheter eux-mêmes d'alcools forts au supermarché, et en dessous de 16 ans, on ne peut pas acheter de tabac. Selon le législateur –oui, oui, nos chers parlementaires – ils sont incapables de juger s'ils peuvent prendre du tabac ou de l'alcool, mais ils seraient donc tout à fait capables de décider de leur propre mort. Nous les protégeons contre eux-mêmes lorsqu'il s'agit de boisson, mais non lorsqu'il s'agit de vie ou de mort. Quelle inquiétude sélective ! Les autorités investissent des millions dans la sécurité routière, particulièrement autour des écoles, pour sauver chaque année une dizaine de jeunes vies, et maintenant la porte est ouverte pour qu'ils choisissent eux-mêmes d'y mettre fin? .

Le fait que ce débat s'invite si peu dans l'espace public, est aussi paradoxal. Les faits divers occupent l'actualité, mais lorsqu'il s'agit de vie ou de mort, le débat a lieu en chambre close, loin des caméras. Est-ce parce que nos politiciens ont peur d'en parler ouvertement? Ou parce que la majorité des citoyens devient tellement indifférente? Même dans ce dernier cas, il est de la responsabilité des politiciens d'informer, d'impliquer et d'écouter leurs concitoyens.

Un troisième paradoxe est que mettre intentionnellement fin à la vie de tout homme, alors qu'il est né, est interdit par la loi dans tous les pays d'Europe (sauf dans ceux qui ont dépénalisé l'euthanasie sous certaines conditions, les Pays-Bas, la Suisse, le Luxembourg et la Belgique) et est poursuivi en tant que délit. Pourquoi une chose impensable depuis des siècles et considérée encore aujourd'hui comme un crime dans 98% des pays du monde, est-elle présentée chez nous comme une « bonne action » ?

Nous pourrions discuter pendant des heures de l'euthanasie d'un point de vue technique, médical, juridique ou politique, mais les questions plus profondes, plus fondamentales ne sont jamais abordées : quelle image de l'homme se cache derrière tout cela, vers quelle sorte de société voulons-nous évoluer ?

Pour illustrer cela : en juin 2008, j'étais par hasard au Congo lorsque ce même débat a causé des remous en Belgique. Il en a même été fait mention dans les médias au Congo. Un congolais est venu vers moi et m'a demandé : « Je ne comprends vraiment pas. Explique-moi pourquoi en Belgique l'on souhaite tellement l'euthanasie. Ici, en Afrique, il y a bien plus de malades et bien moins de médicaments et de calmants et personne ne demande l'euthanasie. Pourquoi la demande-t-on chez vous ? » J'étais sans voix : devant une telle dose de bon sens, je n'avais aucune réponse. Où se situe le problème dans notre « société moderne » ? Paradoxe quatre : là-bas on se bat pour pouvoir vivre, ici on se bat pour pouvoir mourir ! La déclaration des Droits de l'Homme parle du « droit à la vie », alors pourquoi certains plaident-ils de façon tellement enthousiaste pour un « droit de mourir » ?

Il est clair que les grandes religions de notre pays sont unanimement contre la pratique de l'euthanasie. Le 6 novembre, une déclaration commune a été signée par toutes les églises chrétiennes (catholique, protestante, évangélique, anglicane et orthodoxe), les juifs et les musulmans. La rédaction d'un texte commun par ces différentes églises et dirigeants religieux est unique– un exemple d'unité, alors que tous crient que les religions ne sont que source de divisions. Et pour cette raison précisément, il est d'autant plus surprenant – ou nous y sommes-nous entre-temps déjà habitués ? – que cette déclaration n'ait pour ainsi dire reçu aucune attention dans la presse. Elle a simplement été ignorée, tue. La déclaration parle de « la banalisation d'un problème si important » et de « la destruction des fondements de la société », et stipule que « l'euthanasie des personnes vulnérables, des enfants ou des personnes démentes est en opposition radicale avec leur dignité humaine ». Ces derniers mots sont prononcés en opposition directe contre le slogan des partisans de l'euthanasie : « le droit de mourir dignement ». Paradoxe cinq : est- ce tragique ou drôle que les deux camps prétendent défendre la dignité humaine ?

Un exemple très concret : un de mes bons amis a appris en 2009 que sa femme souffrait d'un cancer. Pendant huit mois elle a lutté de toutes ses forces, mais elle a hélas perdu le combat. J'y ai assisté de près. Aux derniers jours, elle avait bien sûr maigri, elle était affaiblie et avait le souffle court. Mais lors de la dernière soirée de sa vie, elle a pu être entourée de ses cinq enfants et huit petits-enfants. Elle les a pris chacun à part et leur a parlé personnellement « à la façon d'une grand-mère » : des mots inoubliables pour eux. Quelques heures plus tard elle est tombée dans le coma, et le matin suivant – exactement le jour de Noël ! – elle est décédée. A l'enterrement, mon ami s'est avancé dans l'église bondée et a dit calmement : « Mon épouse est morte dignement ! » Ces mots ont eu l'effet d'une bombe. Il n'aurait pu trouver de mots plus justes.

(...suite voir fichier ci-joint)

Article paru dans Knack, traduction libre.

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